…Et puis j'ai demandé à Christian de jouer l'intro de Ziggy Stardust.
A Glam Project
Hétéronyme encombrant du David Bowie glam rock, Ziggy Stardust est un personnage fascinant de la pop culture. Fiction totale, cet extraterrestre accompagné de ses araignées martiennes, homme venu des étoiles, tombé sur Terre, personnage masqué, double de l'alter ego, condense la schizophrénie essentielle sur laquelle se fonde la figure du chanteur et par là amplifie la question du sujet. Qui parle quand Ziggy chante ? Qui dit « je » ? David Jones, David Bowie ? Ziggy Stardust ? Qui est le sujet ?
Ziggy Stardust est né le 3 février en 1972 à Lancaster, sur scène. Il était après le Major Tom de Space Oddity, l'invention d'un de ces êtres que David Robert Jones alias David Bowie passe son temps à créer, pour un autre, pour ne pas être lui. Et les personnages, venus d'ailleurs comme Ziggy, étranges comme Lady Stardust ou terriblement réels comme Andy Warhol, le couple de Heroes ou encore major Tom, de Space Oddity à Ashes to Ashes, jouent et se cognent à la vie mêlant toujours une histoire sociale, politique-la chute du mur de Berlin, la suprématie inquiétante des Américains… à une histoire personnelle, familiale, intime. L'œuvre de David Bowie raconte l'histoire d'un homme dans le monde, la vie et sa difficulté, les tentatives d'échappées, d'oubli, son extrême et inéluctable présence au monde, enfin ses expériences pour vérifier et se prouver cette expérience.
Ziggy Stardust est mort le 3 juillet 1973, sur scène à nouveau, « suicidé » par Bowie à l'Hammersmith Odeon de Londres. Pendant son éphémère et fulgurante existence, il créé un album avec les Spiders From Mars, et a été la rock star de centaines de concerts sur la planète entière, alors qu'il ne prenait pas l'avion, lui, créature de l'espace. Un avatar plus vrai que nature, à qui l'Ailleurs est vital, l'Espace la terre d'origine, le terrain d'aventure et d'expression. Un être venu de Mars : l'Espace comme une possibilité, où l'étrange devient réel, où l'impossible existe, telle l'invention de soi.
De cette forme "transgenre", dont la figure de Ziggy Stardust est l'axe, Renaud Cojo propose une réflexion sur le geste artistique, le dédoublement de la personnalité et la résonance que met en mouvement l'acte de création dans la sphère de l'intime. Au centre du plateau parsemé de moniteurs vidéos, la cabine téléphonique de l'album "The Rise And Fall of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars" est le pivot central de cette performance. Au fil des rencontres et des situations que l'artiste a provoquées, (y compris une séance de psychanalyse), un casting improbable s'est mis en place autour de son double - personnage : Romain, stagiaire perspicace, Elliot, fan de David Bowie rencontré sur Youtube, quelques invités mystères... La fascination fascinée tel est le ressort qui témoigne de cette entreprise artistique.
La Possibilité d'un « Il » Qu'ils se choisissent comme nom, Clatty Brown, Guitarad, Eliminazi, ou Eddie The Kook, dont ils sont plus de 300 à avoir « posté » leur reprise personnelle sur le site communautaire Youtube, le mythe Ziggy Stardust n'en finit pas de subir la réappropriation d'un temps toujours plus élastique. Ziggy est l'autre parti d'un « moi » interstellaire, satellisé à jamais dans la mémoire d'un possible. Il suffit par exemple de jeter un œil sur la conviction investie de Harvest Moon, dont on ne connaîtra rien à l'avance du drame qui se joue dans cette salle à manger pourvue d'une vitrine renfermant les mystères d'une collection de verre en cristal, pour deviner dans cette transfiguration, une échappée en solitaire vers des galaxies meilleures. Le phénomène fascine. Non pas l'objet de fascination comme étude empirique de « l'être à part » inventé par la création de David Bowie, mais le rapport au fascinant, la fascination fascinée. De ce probable Illinois où il exerce en secret seul face à sa caméra numérique, témoin complice d'une évasion offerte à cette fenêtre ouverte sur la globalité du monde, Harvest Moon donne à voir l'autre partie d'un lui-même inaccompli. Dans une autre vie, il aurait été, lui aussi une « Rock'N'Roll Star ». Pour le moment, c'est un agent comptable qui nous fait croire à la possibilité d'un « Il », une identité neuve. .. Sur le plateau, c'est Eliott « Stardust » que j'ai choisi d'inviter, convaincu par sa reprise investie de « Rock'n'Roll Suicide » sur Dailymotion. L'expérience du metteur en scène de théâtre à ce moment de son histoire, assiste à cet autre interprétant l'Autre. Ce « moi » metteur en scène se reconnaît précisément là, dans l'impossibilité de son ubiquité. Ziggy Stardust l'aura mené sur les champs de son expérience. Tout son travail de théâtre aura versé vers le trou noir dans lequel Ziggy aura montré la lumière. Une étoile suspendue comme d'autres portent des éléphants à leur cou. A un moment où les doutes d'un théâtre à inventer pérennisent une certaine angoisse du temps figé, il était temps non pas de lui rendre hommage, mais de le retrouver avec ce « nous » réunifié. Tous ceux qui à travers leurs vies dissoutes auront permis à Ziggy de se cacher, les « posteurs » de Youtube, les collectionneurs « fous », les arpenteurs infatigables de Heddon Street, les « lad in sane »… Enfin le souvenir de cette répétition sur Elephant People où justement puisqu'il s'agissait de répéter, je me trouvais dans l'impasse de l'instant qui s'échappait parce que trop renouvelé, incapable d'être à la luminescence du présent…Et puis, j'ai demandé à Christian de jouer l'intro de Ziggy Stardust.
Renaud Cojo, fin mai 2008
Presse « La démarche de création est en effet pour Renaud Cojo au moins aussi importante que son résultat. En plaçant au même niveau des créations individuelles diffusées via le net et un travail référencé par la communauté théâtrale, Cojo sait qu'il fait bouger les lignes et le regard sur cet artisanat diffusé au jour le jour sur la Toile. Et c'est au nom du désir qui habite chaque créateur, quel qu'il soit, qu'il réhabilite l'art dans ses formes non institutionnelles » Eric Demey (Mouvement, Juin 09)
« Sur le plateau, savant bric-à-brac, une cabine téléphonique rouge, réplique de celle qui figure sur la pochette de l'album, des fauteuils très kitsch, une table de travail et une foule d'écrans qui dévoilent le projet. Avec ses compagnons de folie, tous coiffés comme lui de perruques ziggyesques, Cojo va, vient, court, chante, filme, perché sur des Platform shoes insensées, s'amuse à se – et à nous perdre avant de retrouver son chemin. Embarqués avec un vrai plaisir dans ce délire savamment orchestré, on se surprendrait presque à attendre, avec son créateur, l'appel de Bowie pendant le spectacle. Nedjma Van Egmond (Le Point, Juin 10)
« La schizophrénie du metteur en scène, de l'artiste, serait-elle annonciatrice d'une dégénérescence de l'espèce humaine ? La question émerge du savant mélange des genres concocté par Renaud Cojo, mais pas immédiatement. Avant, le public, conquis, hésite sur la façon d'ovationner la troupe : calmement comme dans un théâtre, ou fougueusement comme pour un concert de rock ? » Anaïs Heluin (Les Trois Coups, Juin 10)
« On voit en scène Cojo jouant Bowie jouant Ziggy Stardust, les trois si je puis dire, déboulant chez un psychanalyste, feuilleton hilarant qui ponctue le spectacle. Les fans de Bowie y trouvent leurs billes et ceux qui ne le sont pas prennent tout autant leur pied car le dédoublement de personnalité appartient à tout un chacun. Et c'est là le pivot du spectacle, véritable magasin de farces et attrapes. Pourvu qu'on se laisse aller et qu'on ne cherche pas le fil de l'intrigue « il n'y en a pas », on est entraîné irrésistiblement dans les dérives identitaires de Cojo, ses tranches d'authenticité dont on se demande si elles ne sont pas en partie fabriquées. Délice de l'incertitude. » Jean-Pierre Thibaudat (Rue 89, Juin 10)
« Le thème du double, de la schizophrénie, du sosie, du fou fan, permet de coller les morceaux de ce show compulsif, hystérique et qui assume. Mi-enquête sur le cas Bowie-Ziggy, mi exorcisme du cas Cojo, cette flambée spectaculaire fait de la mise en scène du bordel son objectif numéro un et y réussit. Rosita Boisseau (Le Monde, Juin 10)
Pourtant, des bottes roses aux collants argentés, Cojo entre dans la panoplie de Ziggy Stardust, s’acharne sur les traces de la star et s’interroge sur sa propre fantaisie créatrice et la nécessaire folie de l’art. Un spectacle plus profond que ne le laisse paraître d’abord l’irrésistible « potacherie » Emmanuelle Bouchez (Télérama, Juin 10)
Equipe Conception, Mise en scène, Images, Interprétation: Renaud Cojo. Avec : Romain Finart, Eliott Manceau, Un(e) Invité(e) en Alternance. Montage Images : Benoit Arène, Renaud Cojo. Son : Sylvain Dumoulin. Lumières : Eric Blosse, Véronique Bridier, Emmanuel Bassibé, Marine Deballon. Costume : Odile Béranger.Construction : Jean-François Huchet. Régie Générale : Sylvian Dumoulin. Diffusion / Production : Florence Bourgeon. Administration : Thierry Rousseau. Comptabilité : Anne Dulucq Production: Le Carré – Les Colonnes, Ouvre le Chien, Festival Hybrides CDN Montpellier, Office Artistique de la Région Aquitaine, IDDAC, Isolar, The Beckenham Arts LAb Avec L’aide de : Festival Garden Nef Party (Angoulême)
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bande son / extrait :
videos :
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Rock'N'Roll Suicide - Extrait du DVD "Et Puis...Ziggy Stardust" (Sortie Nationale Mai 12)
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Tilt Festival (2011)
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ARTE Belgique (2011)
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Flashmob Parisienne (2010)
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Festival «Hybrides » (2009)
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